12.1.13

Manifestation/nudité

Aujourd’hui, pour se faire entendre, il faut être vu. Revendiquer entièrement nu est donc une façon de capter l’attention des médias, en se servant de l’impact de l’image. Et ça marche car la nudité déclenche quelque chose de très profond chez les gens. En fait, la nudité est un discours.

Pourtant il s’agit très rarement d’un propos sur la sexualité. Dans ce cas, pourquoi utilise-t-on la nudité ?

Dans pratiquement toutes les civilisations, on associe invariablement corps nu et sexualité. Du coup, dès que l’on dissocie ces deux notions, ça crée un choc, une sorte de stupeur, les gens sont déroutés. Et c’est ce que cherchent les manifestants déshabillés : déranger l’ordre des choses.


Mais le discours politique peut-il rester crédible lorsqu’il est énoncé en tenue d’Adam ou d’Eve ?

C’est une question qui revient tout le temps, et notamment aux oreilles des chercheurs qui travaillent sur la nudité. Comme si le nu ne pouvait déclencher que deux types de réactions : la pulsion sexuelle ou le rire. Mais il suffit de décaler légèrement le point de vue pour sortir de cette impasse voyeurisme-spectacle.

Prenons l’exemple de l’artiste : pour son regard de plasticien, le nu est un outil qui enseigne l’architecture du corps, les volumes. Il n’est ni grotesque ni émoustillant. Dans une manifestation de rue, il sert de métaphore. Se mettre nu est un acte courageux. C’est une nouvelle arme, un matériau pour de nouvelles luttes.



Francine Barthe-Deloizy par Marie-Joëlle Gros