29.6.26

La chambre des filles

Même sans la partager, la chambre reste l’espace privilégié où les enfants se retrouvent, mènent leurs conciliabules, s’extraient du regard des adultes. La chambre devient refuge, tanière, mais aussi studio, atelier, salle de répétition. S’érige ainsi ce que le sociologue Hervé Glevarec a appelé « la culture de la chambre », qui désigne « un aspect de plus en plus important de la vie culturelle d’enfants et adolescents : l’appropriation progressive d’un espace propre, leur chambre, dans lequel ils expriment ce qu’ils aiment ou sont, et à partir duquel ils entrent en relation avec d’autres. » Au XXIe siècle, le clos s’y mêle à l’ouvert, puisque l’espace fermé de la pièce est aussi le lieu privilégié de l’accès au monde extérieur, par le téléphone, la radio, Internet et les réseaux sociaux.

Dans son essai Petites filles, Catherine Monnot démontre toute l’importance de ces espaces, qui sont le premier lieu où se met « le processus d’individuation nécessaire à chaque enfant ». Elle précise que la chambre occupe une place plus importante chez les petites filles, qui y passent davantage de temps que les petits garçons. Elles sont ces lieux de loisirs, d’apprentissage et de « détente alternative » où s’expriment les goûts et où se déploient les passions — goûts musicaux, décoration des murs, pratique de la danse et du chant. « La chambre est donc un lieu d’expérimentation identitaire central pour les filles, en ce qu’elles vont là, davantage que les garçons, apprendre à se connaître », écrit Monnot, tout en précisant que « loin d’être un choix librement consenti et serein, cette forme de « culture de la chambre au féminin » découle d’une restriction des options offertes aux filles.


Le château de mes soeurs, des Brontë aux Kardashian, enquête sur les fratries féminines, Blanche Leridon, Les Pérégrines, 2024